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Mgr Olivier de Berranger, l’histoire du Prado dans le 93

Témoignage de Mgr Olivier de Berranger, évêque émérite du diocèse de Saint-Denis (de 1996 à 2009), membre de l’Association des prêtres du Prado, sur l’histoire de cet institut séculier dans le 93. Sa devise : « Vous n’êtes plus des étrangers mais des frères » Éphésiens 2,19

L’Association des prêtres du Prado est fondée en 1866 par le père Antoine Chevrier avec pour objectif de susciter et de former des catéchistes et des prêtres pauvres pour l’évangélisation des pauvres, autant que possible parmi les pauvres eux-mêmes. L’Association des prêtres du Prado est implantée dans une cinquantaine de pays.

Regard de Mgr Olivier de Berranger sur l’histoire du Prado

Le diocèse de Saint-Denis, comme les autres diocèses de la petite couronne, est né en 1966. C’est-à-dire deux ans après mon ordination sacerdotale pour le diocèse de Versailles. Après quelques années comme vicaire à Houilles, formateur au Prado à Lyon, puis comme « Fidei Donum » à Séoul en Corée, je suis rentré en France et j’ai été nommé le troisième évêque de ce diocèse en 1996. J’y suis resté jusque début 2009.

Le Prado était présent depuis la création du diocèse, avec Mgr Jacques Le Cordier (1966-1978), puis Mgr Guy Deroubaix (1978-1996). Mais il y a eu dès le début d’autres familles spirituelles et sacerdotales qui ont compté dans la vie du diocèse. Je pense particulièrement à la Fraternité Jésus Caritas et la famille de Foucauld, à laquelle appartenait Guy Deroubaix, à Cor Unum, sans oublier la Mission de France par exemple. Il y avait nombre de congrégations et d’Instituts, surtout féminins, qui avaient fait le choix de ce diocèse par amour des plus pauvres, comme un certain nombre de prêtres parisiens ou versaillais, d’ailleurs.

Il est probable que mon appartenance au Prado a compté dans le choix de me nommer à Saint-Denis. Comme évêque d’un diocèse, j’ai cherché à entrer dans les grands choix pastoraux de mes prédécesseurs, tout en les renouvelant selon les besoins du temps, en particulier grâce à un Synode, l’Évangile dans la ville (1997-2000). Cela impliquait un effort pour qu’aucun groupe, aucune association, aucune sensibilité apostolique ne se sente à l’écart de l’effort commun d‘évangélisation.

De ma part, cela voulait dire, que, si je cherchais bien sûr à encourager le Prado, plus dynamique alors parmi les laïcs, je ne lui donnais pas une part privilégiée parmi les autres courants. Je pense par exemple aux Associations familiales et aux groupes du renouveau charismatique.

Je voulus donner toute sa place au pèlerinage de Notre-Dame des Anges à Clichy-sous-Bois, par exemple, qui me semblait exemplaire d’une spiritualité populaire adaptée à une grande partie de nos populations. De même, le premier pèlerinage diocésain à Lourdes en 2006, pour les 40 ans du diocèse, suivi d’un autre depuis lors chaque année, avec une Hospitalité active, a permis de rejoindre des jeunes, des pauvres et des malades et suscité un bénévolat fondé sur l’Évangile.

De même mon appartenance au Prado a joué dans l’accueil de plus en plus marqué aux Églises orientales dans le diocèse, particulièrement les coptes orthodoxes à St-Ouen, mais d’autres aussi à Montreuil, etc. N’oublions pas que c‘est un protestant qui avait aidé le Père chevrier à meubler sa chapelle.

Le Prado a contribué dès le début du diocèse à donner à celui-ci, comme église locale, un caractère de proximité sur les villes, les paroisses, les quartiers. Je pense par exemple à La Plaine ou aux Francs-Moisins. J’ai pu continuer à l’encourager par exemple sur Stains, Clichy-sous-Bois, Sevran… Par contre, malgré la demande du Prado diocésain, je n’ai pu créer une nouvelle équipe lorsque le diocèse de Paris a consenti à la venue de Daniel Houry, parce que j’en avais alors besoin pour la ville de Gagny. Quant aux Sœurs du Prado, elles ont tenu autant qu’elles ont pu, rue Gaston Dourdin, et l’équipe des Frères est restée sur Francs-Moisins tout en ne cessant d’attirer notre attention, avec des laïcs très engagés, sur la situation des migrants sans-papier. Les membres de l’IFP (Institut Féminin du Prado), même en petit nombre, ont gardé leur rayonnement spirituel et international.

Le Prado, parmi d’autres dans le diocèse, a soutenu les Mouvements d’Action Catholique et les fraternités de laïcs imprégnées de l’Évangile. Là où la présence de pradosiens a pu être expérimentée sur une certaine durée, le simple partage d’Évangile comme source d’amour personnel du Christ et de présence aux pauvres a été fort, soutenu. La responsabilité de Pierre Trudeau dans la pastorale des migrants et au Conseil épiscopal a contribué à donner à celle-ci priorité dans nos options, y compris durant le Synode. Même s’il n’était pas pradosien, je tiens à rappeler Jean-Pierre Coco, son style de vie, et son formidable souci des jeunes.

Avec le recul, je veux noter encore deux points très différents dans la vie du diocèse où le Prado a eu sa part. Le premier, c’est la fraternité et la simplicité entre tous les prêtres, même si certaines sensibilités étaient différentes, et en particulier si j’ai dû alors faire appel plusieurs fois à des congrégations missionnaires, lazaristes ou spiritains par exemple. Mais auparavant, il y avait eu les salésiens. Tout n’était pas parfait, mais il n’y a pas eu de grosses ruptures dans cette unité.

L’autre point à relever, c’est le fait que plusieurs pradosiens ont été Fidéi Donum : au Brésil, au Chili, au Burkina-Faso, en Haïti… Cela a contribué à donner une ouverture universelle à l’évangélisation dans le diocèse, au dynamisme des paroisses, etc. y compris auprès des populations indiennes ou sri-lankaises par exemple.

L’an dernier, j’ai eu la grande joie de revenir à Saint-Denis pour le premier engagement au Prado de Triet, un jeune prêtre d’origine vietnamienne, et de Jean Richemond, un frère d’origine réunionnaise. L’histoire continue ! Rendons grâce au Seigneur.

+ Olivier de Berranger